Extrait de presse

LE REGNE DE LAMPYRE

Deux pièces en six dates, près de 700 entrées et deux millions de francs burundais engrangés par la troupe LAMPYRE… Retour sur une présentation qui a séduit les amoureux du théâtre burundais.

En révérence, le meneur de la troupe Lampyre, Freddy Nsabimbona

Pourtant je ne suis pas facile à être séduite, mais là c’était du pur bonheur… Et c’est allé crescendo ! Le clou du spectacle c’est quand les acteurs ont commencé à danser sur du Beyoncé ! » témoigne Perrine. Cette volontaire française dans l’humanitaire est venue de Muyinga pour la dernière représentation, le 2 mai 2009. La rencontre avec les dix acteurs de la troupe LAMPYRE s’est pourtant passée sur les planchers du Centre Culturel Français de Bujumbura. Une heure et demie de rires et de complicité entre un public conquis par la comique plume de l’auteur des deux textes joués, Freddy Sabimbona: « Je n’attendais pas que le gens aiment notre jeu. Surtout pour la deuxième pièce, qui était beaucoup plus basée sur le texte avec peu de mouvements sur la scène » reconnait le jeune metteur en scène de 26 ans. Une courte pause, puis Freddy confie, d’un œil pétillant : « Je trouve que six dates, c’est peu ! » Est-ce la griserie du succès ? « Non, c’est le plaisir de jouer » confie l’intéressé. A l’affiche, la troupe Lampyre présentait «Chérie, c’est vraiment pas ce que tu crois », suivie de « Quitte ou Double », toutes deux écrites par Freddy.

Pour y arriver, il aura fallu aux dix acteurs près de cinq mois de préparation. Beaucoup d’engagement donc dans ce groupe, comme le reconnait Jessica, élève et actrice dans Lampyre : « Après mes études secondaires, je voudrais faire du théâtre mon métier. Mais c’est si difficile au Burundi… » Il faut la voir mimer une starlette venue de l’Europe de l’Ouest pour sentir la passion de jeu qui se dégage de cette fille de 17 ans. A ses côtés Davin se la joue ‘média man’, l’homme que les flashs et les micros des journalistes recherchent à toute heure… Durant cet entracte où se crée une sympathique connivence avec la salle, les acteurs nous reparlent avec dérision et jeunesse de notre société de people et de bling-bling... La salle rit, réagit, hue, acclame, écoute, séduite. Quelque part, une chaise se casse, un spectateur se retrouve par terre. Le rire fuse, fort, contagieux. Non par méchanceté, mais parce que l’atmosphère est au rire. Point !

Par la force du rire

Capitaine Madimba est chargé de l’action culturelle au CCF. Il reconnaît que les pièces comiques sont les plus demandées : « C’est vrai que nous recevons peu de pièces tragiques. Avec les tensions vécues depuis plus de quinze ans, les spectateurs veulent quelque chose qui allège l’esprit, quelque chose de gai. » Complètement rénovée, la salle du CCF ne reçoit en général que très peu de pièces par an : « Il y a la troupe du Lycée du Saint-Esprit qui offre une présentation par an, parfois Lampyre ou encore la troupe Pili-Pili de Patrice Faye» reconnait Capitaine. Plusieurs raisons expliquent cette situation : à part Freddy qui entame l’écriture dramatique et les pièces de Faye, peu de nouvelles pièces sont produites au Burundi. Encore faut-il que cette écriture respecte les canons. Ensuite il y a le problème des salles de jeu, peu nombreuses et mal équipées au Burundi. En dernier lieu viennent les contraintes budgétaires qui empêchent l’achat de costumes, des décors, le problème de transport.

La force de Lampyre : sa jeunesse

Freddy Sabimbona joue sa première pièce à 14 ans. En 2002, il intègre un atelier de théâtre créé par Patrice Faye. Trois plus tard, Olivier Nshimirimana crée la troupe Lampyre. Freddy lui succède à la tête de la formation peu après. Nombreux parmi les acteurs de la troupe à Freddy auront affuté leur expérience dans la troupe Pili-pili, de Patrice Faye. Ce metteur en scène français va même écrire deux pièces spécialement pour Lampyre : « Un jeune homme s’abstient » et « Le retour d’un jeune homme responsable qui s’abstient. » La première, jouée en 2007 connaîtra d’ailleurs un grand succès. Difficile donc pour l’élève de se défaire de l’influence se son maître : la comédie est de mise. Le rire n’a qu’à suivre. Avec « Chérie, c’est vraiment pas ce que tu crois », c’est une histoire d’un jeune homme qui s’emploie à convaincre sa petite amie que la fille qu’elle vient de trouver dans son nouvel appartement n’est qu’une ouvrière en bâtiment, ou, pour être plus fidèle au texte de Freddy, « en construction et déconstruction… » Ce qui n’est pas le cas, mais ce qui ne veut pas non plus dire qu’il la trompe ! En tout cas, le malheureux a de la peine à combattre ce démon appelé Jalousie, qui ruine les couples les plus solides. La deuxième pièce, « Quitte ou Double », est une réflexion délurée et parfois réaliste de ce qu’est l’enseignement universitaire au Burundi : Un jeune étudiant vient de passer deux heures à tenter en vain, de mémoriser une phrase aussi alambiquée

que kilométrique. Avant de s’entendre annoncer qu’il a échoué ! Verdict final : « Dans une société bloquée où tout le monde est coupable, le seul crime est de se faire prendre !», une phrase de Hunter S. Thompson dans le film Las Vegas Parano. Comprenez : « Puisque ces professeurs nous demandent des notes, on leur en mettra plein le nez par tous les moyens, à la virgule près ! » Les méthodes pour ce divergent, de l’étude- peu recommandée, à l’usage discrète d’aide-mémoires durant l’examen (une pratique appelée tricherie ailleurs…) Et c’est avec bonheur qu’on attend la suite de ce joyeux règne de Lampyre sur les planchers burundais.

par Roland Rugero

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.