Ce que j’appelle oubli

CequejappelleOubli« et ce que le procureur a dit, c’est qu’un homme ne doit pas mourir pour si peu, qu’il est injuste de mourir à cause d’une canette de bière que le type aura gardée assez longtemps entre
les mains pour que les vigiles puissent l’accuser de vol et se vanter, après, de l’avoir repéré et choisi parmi les autres, là, qui font leurs courses, le temps pour lui d’essayer — c’est ça,
qu’il essaye de courir vers les caisses ou tente un geste pour leur résister, parce qu’il pourrait
comprendre alors ce que peuvent les vigiles, ce qu’ils savent, et même en baissant les yeux et en accélérant le pas, s’il décide de chercher le saluten marchant très vite, sans céder à la panique ni à la fuite, le souffle retenu, les dents serrées, un mouvement, ce qu’il a fait, non pas tenter de nier lorsqu’il les a vus arriver vers lui et qu’ils n’ont pas du tout fondu comme l’auraient fait, disons, des oiseaux de proie, non, pas du tout, au contraire ils se sont arrêtés devant lui et c’était très silencieux, tous, ils étaient plutôt lents et froids quand ils l’ont encerclé et il n’a pas eu un mot pour contester ou nier car, oui, il avait bu une canette et aurait pu les remercier de la lui avoir laissé finir » Ce que j’appelle oubli, L. Mauvignier

L’ interprète d la pièce est Olivier Coyette